Je suis dans le train, dans le fond, bien à ma place, je fonce à pleine vitesse traversant des plaines et des monts,
m'inquiète quand je m'aperçois que dans le fond je ne suis pas seul face à mes démons,
d'autres passifs amateurs de poncifs et de strapontins déblatèrent sur le destin, extrapolent sur notre destination
capitale, sur les passagers plantés là comme des pantins qui capitulent sous les assauts du contrôleur qui substitue
son décompte au leur et se tue à la tâche pour les voir justifier d'un ticket de ration, entre autre célébration des
vraies valeur TGV, toi grand vainqueur quelle que soit la station, car c'est une course sans fin et tu es dans le
train comme tout le monde, belle, sans frein et dans le fond.
Comme tous, j'enfreins les limites de validité pour la poursuite du transport, à la vue de ce contrôleur je transpire,
suintent mes pores et mes orbites, ce qui fait que certains en sortent vite, descendent en hâte à l'arrêt, sautent en
vrac en pleine marche ou finissent branques et tarés, pas évident de se faire une place à l'abri de nos jours, mieux vaut
réserver.
Moi, j'essaie de me caser avec quelques bagages, grave ces verbes et lettrages au bord de la vitre, un maigre héritage
bien vide comme souvenir de passage dans le fond de ce train.
Je fronce les sourcils quand la lumière s'éteint, on doit croiser une ville alors je croise les mains et prie pour
qu'on arrive à terme sain d'esprit et pas trop composté, par la fenêtre je vois disparaître Saint-Pierre des Corps
décomposés tel un tas de composte, j'oublie ce décor, enfin j'essaie.
La nuit tombe, un dernier couple descend avant l'ennui, je tremble de froid et m'enfouis sous des valises, je conçois
soudain que ce train sombre sans balise et m'endors mieux que sous ma couette, en rêve je suis magicien et fais de ces
strapontins des couchettes, quand de bon matin le même contrôleur me réveille, m'attrape, hautin et amer il me jette
dehors alors je traite sa mère de putain pour lui faire mal à l'oreille.
Je me retrouve sur un quai, le cul par terre sur mon terminus, je ne suis pas inquiet, sûr de rien, je ne suis pas
arrivé, non, mais j'irai en bus.
Dans le train
by innipukinn the dimanche 9 mars 2008 in Ecrire
No trackback
Trackback URL : http://blog.innipukinn.net/tb.php?id=64

No comments